Ce blog n'est plus alimenté. Sauf par celles et ceux qui commentent des articles.
Après avoir écrit et diffusé ici pendant deux ans, rencontré des
lecteurs et circulé dans la communauté générée par ma blogosphère, j'ai décidé de changer d'air et d'ouvrir une autre lucarne. Un (trés) grand merci à vous qui êtes passés ici ou qui passez par là, qui avez commenté, enrichi, développé les billets diffusés et fait de ce blog bien plus que je ne l'aurais espéré. Une lucarne sur le monde. De celles qui nourrissent.
Un temps magnifique. Des petites routes qui serpentent au milieu de petites vallées. Des prairies qui s'étendent généreusement, où paissent quelques vaches et leurs veaux. L'un d'eux est né cette nuit. Sa "mère" en porte les stigmates rouge. Le veau tête.
Des cours d'eau s'étalent comme des traits de crayon. C'est parfois paresseux, c'est parfois tonitruant. De trés belles maisons semblent défier d'un air goguenard les pavillons récents qui peinent à se faire une place dans le paysage. Des gens dans les rues, parfois des familles entières se promènent, où l'on sent des générations réunies le temps d'un week-end pascal. Un père et son fils se baladent à moto. Au loin, quelques dizaine de kilomètres pas plus, une ville est invisible, inodore, indolore. Tenue en respect.
Des lieux où se confondent les temps. Ici, la saline royale, une ode à l'utopie architecturale qui cache à grand peine comme les hommes vivaient dans des conditions déplorables. Un détail, tout bête, une réalité, toute violente : un architecte avait décidé de ne pas mettre de cheminée au-dessus de l'Atelier pour ne pas rompre l'harmonie du site. Des ouvriers évoluaient dans une enceinte où il faisait près de 50°. Le soir, ils rentraient dans une maison glaciale. Toute décidée par le roi qu'elle fut, toute entière dédiée à la prouesse technique puisque c'était de développer la production d'or blanc dont il était question, la Saline n'en sera pas moins jetée comme une vieille chaussette quelques années plus tard. Pas rentable. Elle accueillera des familles chassées par la guerre quelques années plus tard. Sera récupérée par les collectivités locales ensuite. Deviendra fierté par la grâce d'un classement Unesco.
Là une grotte découverte il y a près de cinq cent ans, elle fut la première à générer du tourisme et des visites. A l'époque, on s'éclairait de torches en résine. La voûte est noircie. A côté, l'eau a ruisselé pendant des centaines de milliers d'années. Les couleurs se confondent. Plus loin, des squelettes d'ours ont été découverts. Des militaires ont construit 110 m sous terre et à près d'un kilomètre sous la galerie un mur en pierre qui franchit la rivière souterraine. On ne sait pas pourquoi. Le pont ne conduit pas vers une autre sortie.
Plus loin une source qui jaillit d'une grotte. Il y fait sombre et froid, humide et profond. Un escalier conduit de l'autre côté. Tout n'est que chaos rocheux. Et pour cause : la montagne s'est effondrée ici, creusant un goufre de 80 m de haut. On plonge dans l'amas et se retrouve curieusement face à une croix, plantée dans la pierre, témoignage anonyme et en silence d'un temps passé, probablement douloureux. Un temps de combat, aussi. On apprend que ce site-là est celui qui a déclenché une loi sur l'environnement. Nous sommes alors en 1899. Un propriétaire veut capter l'eau et envisage d'installer des tuyaux. Les habitants protestent. Procès. Gagné en 1902. Ici naissait la législation sur l'environnement.
Allez savoir pourquoi... Gamin, dans ma proximité, j'avais été marqué par deux trucs pouvant sembler anecdotiques de prime abord. Des petits riens. Il m'apparaît aujourd'hui que l'on peut finalement trés vite et de manière instinctive prendre conscience des choses et de leur vérité. Sentir les choses. Capter ce qui se trame. Sans les mots. On cavale ensuite derrière eux pendant des années mais l'on sait au fond de quoi il retourne. Les deux choses en question ont été deux disparitions. Décès de métiers. L'homme remplacé par la machine au nom du progrès.
Bon, j'arrête là, sinon, on va se taper sur la tronche. La discussion fait rage. L'enjeu est de taille. C'est Lorraine contre Poitou-Charentes. Côté cuisine. C'est en dire l'importance :-) Les flageollets sont-ils meilleurs ou moins bons que les mojettes, ces pauvres gros haricots blancs ? La poitrine de porc est-elle meilleure que le lard fumé, merveilleuse charcuterie savamment préparée dans l'est du pays ? Nous avons bouclé l'affaire en décidant d'organiser l'été venu une séance barbecue avec lui sa poitrine et moi mon lard fumé. Pour goûter et objectivement trancher. Non mais des fois. Nonobstant, nous nous sommes garés. Sommes entrés dans la boulangerie d'un village, où une jeune femme n'en finissait pas de mettre des oeufs, cloches, lapins en chocolat sur des rayonnages. J'ai pris un chausson aux pommes. Lui un pâté lorrain. Comme quoi.
Depuis quelques semaines, mon boulot me permet de rencontrer au plus près des travailleurs sociaux. Ils me parlent de leur métier. Ils ne cachent pas leurs inquiétudes face aux évolutions (protection de l'enfance, décentralisation des tutelles, sans parler des prochaines élections...). En l'occurrence, nous travaillons sur l'idée de communiquer sur leur profession. Pas la dire avec des grandes phrases mais la montrer par l'action, ce qui se fait. Ca fait drôle et du bien d'entendre évoquer des valeurs qui fondent une mission. Voilà des gens discrets et humbles qui ne manient pas la formule pour la beauté du discours mais qui réfléchissent aux mots utilisés, parce parler juste vaut mieux qu'en dire trop et parler un peu vaut mieux que se taire ou se terrer. Voilà du coup que j'entends au détour d'échanges : - ce sont les gens qui sont importants - je fais ce métier parce que j'ai toujours eu envie d'aider les autres. - Tout part des gens. Il faut les écouter, les accompagner, et pour cela, il est nécessaire de pouvoir travailler dans le temps et la durée, pour que la confiance s'installe. - Nous ne sommes pas sur des questions de rentabilité. C'est ça, aussi, le service public. C'est de l'investissement. Des mots et des valeurs qui ne sont ici ni des slogans ni des paillettes. Ce sont des praticiens, qui évoquent leur quotidien. Voyage au pays d'un vivre ensemble qui ne se décrète ni ne s'instituionnalise mais se pratique. Tous les jours. Et pourtant, c'est plus dur et plus compliqué aujourd'hui, disent ces témoins du monde comme il va. Et comme il ne vas pas toujours. Des trucs semblent désuets. Ne sont-ils pas terriblement modernes ?
Et puis nous êumes le nez dans la terre, à fleur de sol, à flanc de colline. Vent dans les cheveux, soleil généreux. Objet de la quête, attendue avec impatience : trouver des étoiles. L'oeil asséré, l'index fouineur, sur la piste, il s'agissait de s'en revenir nantis de ce que dans la région, nous appelons " Les étoiles de Sion " . Une réalité archéologique, une fierté locale, en même temps qu'un amusement rassembleur puisque petits, moyens et grands s'y mettent de concert. Tous gamins par la quête du trésor réunis. En dénichons d'ailleurs quelques unes, puis quelques autres. Au passage, un pote résidant depuis une vingtaine d'années dans le coin a pu trouver son bonheur. S'était toujours promis de venir un jour cueillir des étoiles. Voilà qui est fait.
J'ai mangé ce midi avec une personne qui vient trés rarement à la grande ville, comme elle dit. Et qui m'a rejoint non loin de mon lieu de travail. Amusant de noter ses "retours" sur le bruit, les gens, l'ambiance et aussi... le stress qui vous étreint quand vous déboulez comme ça dans les grands ensemble sans en avoir trop la pratique. " Ca me semble tellement loin tout ça, et tellement agressif " m'a-t-elle confié, me rappelant justement comme il y a des choses, parfois, on ne les remarque plus. Elles existent quand même.
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