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Un philosophe contre l'imbécillité contemporaine

Au XVIIIe siècle, on aurait dit de lui qu'il est un honnête homme : un esprit universel, épris de vérité, qui inlassablement interroge l'être humain tant dans son fonctionnement psychique que dans son rôle d'animal . Pierre Legendre, un des grands penseurs du droit., est aussi anthropologue et psychanalyste. Il parle peu. Et se confie encore moins. C'est pour cette raison que l'entretien que Pierre Legendre a donné au Point est d'autant plus importante. Extraits.

" La humaine est difficile, elle suppose des médiations, les montages de l'identité, dont témoignent les cultures aussi. Cela comporte pour chacune d'elles une vision instituée du monde et de l'autre, donc une certaine vision de l'universel. Progrès technique et libéralisme culturel ne changent rien à cette logique de la différenciation. Le fond de ce turbin, c'est le jeu absolutiste des images, la vie de la représentation, consciente et inconsciente. Si ce jeu est civilisé, ça donne le meilleur, le rapport meurtrier est surmonté, l'univers de l'autre est apprivoisé. En surface, l'économie et la techno-science mènent le monde ; mais il y a plus profond : la question de la vérité, la raison de , l'identité. (...) -----

La pensée est en panne, elle est devenue, comme disait Musil, « l' de l'exactitude », qui produit une bouillie intellectuelle bien incapable de saisir le monde où nous entrons. "(...)" L'humanité avance aveuglément, confrontée à sa survie, à la question de l'identité et de la reproduction. On a beau s'enivrer de doctrines animalières comportementales, prétendre réduire les normes à une régulation sociale et le juriste à une sorte de spécialiste des feux de circulation, le noyau anthropologique demeure. Même dévoyé, le système juridique est une affaire de pensée. A cela s'ajoute un enseignement du mépris des traditions, qui diffuse l'ignorance à grand renfort de slogans ludiques, censés amadouer les jeunes que nos propagandes de la casse traitent en vérité comme des crétins. Je pense à une formule de Marx, idole oubliée par les repentis de la foi totalitaire, la « production sociale de l'imbécillité ». Voilà donc le contexte général : une escalade dans l'obscurantisme. La tentative de pacifier le monde par la tolérance passe d'abord par la compréhension de nous-mêmes. Tâchons pour commencer de saisir l'Occident aux prises avec lui-même ! " (...)

" La démocratie ? Je dirai que son avenir est une lettre cachetée. Il y a des échéances, des rythmes d'évolution des sociétés. Mais il n'y a pas d'avenir programmé, l'histoire continue. Nous profitons des bienfaits de la démocratie ; mais ne nous cachons pas qu'elle est le cri de guerre du management globalisé et, sous le règne de l'individu sans tabou, le fétiche qui préserve de penser. L'autonomie se retourne en déstructuration. On vole à l'enfant son enfance, à l'adolescent le droit de recevoir la limite par l'exigence éducative, pas par les policiers ou les gestionnaires de son malheur. Je pense que, par le nazisme et les pratiques totalitaires, la raison a été touchée. " .


Pierre Legendre
Propos recueillis dans Le Point.

Version imprimable | Lecture(s) diverses | Le Mardi 28/11/2006 | 1 commentaire | Lu 1341 fois


Commentaires

Sommes-nous conditionné dès  la plus tendre enfance au point de voir nos capacités de raisonnement touchés ?

Je me disais  qu'au contraire, tout est tellement cadré que cela laisse plus d'espace à la raison. C'est un peu comme si il s'agissait de fuir cette imbécilité comtemporaine pour chercher d'autres valeurs de références.

 


Eden | Le Lundi 05/06/2006 à 21:36 | [^] | Répondre

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