Ca se passe sur un lieu de travail. Deux types sont en conflit. Ils ne se comprennent pas. Ils ne se parlent pas. Ils ne se comprennent plus. Ils ne se parlent plus. Au pire une poignée de main, si vraiment ça ne peut pas faire autrement. On est civilisé ou on y est pas. Voilà pour la face visible de l'iceberg.Mais le glaçon creuse en profondeur. Ca se larve de toutes parts, sous le volcan. Des soubresauts agitent la braise. A la base, c'est une histoire d'incompatibilité(s) d'humeur(s), de rencontres improbables, de celles qui sont possibles dans la vie professionnelle, ce drôle d'univers où l'on peut passer des journées aux côtés de gens qu'on n'aurait à peine croisé dans d'autres lieux. On n'a pas toujours à faire à ses clones.
Avec des doses d'intelligence, de professionalisme, d'écoute, de tolérance, avec des règles claires et des missions posées, voire un but commun, ça ne pose d'ailleurs aucun souci. Au contraire. Les différences sont enrichissantes. Mais cet océan-là n'est pas pacifique. Et les orages se font tropicaux. Les vagues n'ont pas la même puissance. L'un est travailleur indépendant. Isolé. L'autre responsable dans sa structure. Impunisé par le système.
Progressivement, s'est installé un malaise qui ferait penser que le temps de la guillotine n'est pas si loin que ça. La machine incarnée par l'un s'essaye à broyer l'individu. Feu d'artifices. L'un et l'autre ne peuvent s'encadrer. Ils ne parviendront jamais à dépasser cela.
C'est une histoire où se mêlent des mécanismes de l'ordre du harcelement et de l'abus de position dominante, des relents de délit de faciès et de diffamation. C'est fascisant et racismique. C'est un jeu d'égos, ces petits carrés qu'on assemble et qu'on désassemble, au gré de l'imaginaire, construire, déconstruire, il en restera quelque chose. Nuire est le moteur. Les droits et les devoirs d'une relation contractuelle pèsent ici au lourd qu'une plume dans un champ de plomb.
C'est un cas quasiment banal de relations dites humaines où toutes traces d'humanités sont escamotées avec une concience qui semblerait parfois presque louche, comme un criminel avec zêle ôterait ses empreintes d'une scène du crime. J'étais pas là. Et pourtant si.
Rien ne se perd. Tout se transforme. Le choc devient onde. L'onde se déploie. Etend ses ailes. Le nuage de Tchernobyl. Les relations que n'assument pas les uns, retombent sur les autres, gangrénent, déforment, comme le sable grignotte le désert, comme l'écume triture le rocher.
Les deux hommes font retomber sur d'autres les nauséabonces de leur naphtaline. La nervosité gagne du terrain alentour. Ca sent le coup de boule qui ne décoche pas. Les armes, on pousse l'autre à les utiliser.
C'est une histoire de jours, de semaines, de mois et maintenant, d'années. Que ça dure. Ô, il y a eu des tentatives. Des recadrages. Des résolutions. Des compromis. Mais les deux coqs en sont toujours à cette incompatibilité qui a viré comptabiluité et c'est pas moi c'est lui. Il est cinglé moi non plus. Quand un malaise devient rivalité absolue, l'enjeu n'est ni la paix ni la solution. La guerre et la chasse aux problèmes est la seule règle. Combien de champs de batailles ici et pas seulement en Irak et au Liban ? C'est une affaire qui se passe sous mes yeux depuis pas mal de temps. Qui me revient aux oreilles régulièrement. J'assiste impuissant à mon silence, ces inextricables silences sociaux qui vous empoignent et ne vous lâchent plus. Nous sommes en 2006. Cro-Magnon n'est pas loin. Chacun a son gourdin. Les enfants pleurent dans la grotte.
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