Vous parlez de la crise de la quarantaine comme de la plus importante d'une vie. Pourquoi?
Avec la période de l'adolescence, l'étape de la quarantaine, qui va environ de 35 ans à 45 ans, est certainement la plus importante d'une vie. C'est un peu la même crise d'identité, avec la différence que la personne a un passe à évaluer. Elle est invitée à passer de la surface à la profondeur, à accepter ses limites, à revoir ses priorités. Contrairement à l'adolescent qui cherche à être lui-même en s'identifiant aux autres, en se mesurant aux autres, au seuil de la quarantaine, la personne se mesure à elle-meme.
Elle ressent un appel à une vie plus interieure, plus conforme à ce qu'elle est vraiment au plus profond d'elle-même. Je vois cette phase de transition comme une crise du désir qui peut nous mener à une nouvelle naissance, faisant de nous des hommes et des femmes plus mûrs, plus authentiques, plus humbles aussi. (...) Le mot crise ici est entendue dans le sens de croissance. C'est une décision qui fait que nous prenons en main notre vie. Il ne faut donc pas fuir la crise.-----
En quoi l'expérience des femmes et celles des hommes est-elle différente?
La femme entre généralement dans la quarantaine avec une préoccupation qui est d'ordre esthétique. Elle voit son corps qui vieillit. Elle subit la pression de la mode où l'apparence, la séduction, l'avoir, l'emportent sur la maturité, l'acceptation de l'être. Elle désire une vie affective enrichissante, même s'il y a des signes de pré-ménopause. Elle a besoin qu'on lui dise qu'elle est belle. Elle s'affirme de plus en plus.
L'homme aussi est harcelé par le temps, mais cela se voit par un décalage entre ce qu'il voudrait faire et ce qu'il fait vraiment. Compte tenu que sa vie professionnelle fut tout pour lui, il se demande si ça vaut vraiment la peine de travailler autant. Il veut se distinguer, être reconnu de tous, mais souvent il délaisse sa compagne et ses enfants. La crise l'appelle à une plus grande intériorité, à donner de l'importance aux enfants, à la famille. Il prend conscience de la mort, d'autant plus que ses forces physiques diminuent, qu'il n'a plus la même puissance sexuelle qu'à vingt ans. C'est alors qu'il devient plus sensible, plus tendre. C'est une chance que cette crise pour le couple, puisque l'amour devient plus profond.
Nous vivons dans une société "adolescentrique" ou le paraître impose sa loi d'une maniere tyrannique. Nos sociétés occidentales qui misent sur la réussite, la performance, la jeunesse, n'aident pas les quadragenaires à passer ce cap. On s'éparpille dans le divertissement. Il n'y a rien de plus triste que de voir des quadragénaires vouloir être dans le coup en faisant comme les jeunes. Les adolescents veulent des adultes qui se tiennent debout et qui disent non, qui savent où ils vont.
Extrait d'un entretien accordé au journal Sud Ouest. Jacques Gauthier, La crise de la quarantaine.

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