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Mots

La poésie s’empresse comme l’amour, ose, abuse, improvise, pare au plus pressé, se déclare ; a tout à déclarer, relate et relie, enlace et apparie, s’enflamme et fait sa cour, compare les du dictionnaire, offre des roses et des déclics, trouve son plaisir dans les jointures et les emboîtements, prend le pouls au poignet et la voix à la gorge, n’est pas vraiment fidèle, écrit sans savoir vers où ni à qui ; ----- entasse des livres dans ses valises, sort à la pleine lune, marche dans la prose à l’envers, rime alternativement au masculin et au féminin, engrange, recueille et disloque, est affaire de pointes et de flèches, quelquefois de caresses, imagine, dit des choses qui ne se font pas, lance des phrases qui ne se disent pas, dresse l’inventaire, n’a rien de moins à inventer que ce qui voudrait être, s’affaire, appelle le commentaire, se divise à l’infini, joue à colin-maillard, file la métaphore, tourne la tête, tourne les tables, farde son œil, se prépare, ne prétend plus guère y voir clair, découpe dans la langue des images, vulgarise sans être vulgaire, a des délicatesses, cherche avec passion la mesure, calcule de justes proportions, préfère les chambres avec vue, veille sur la d’une église, apprend à disparaître, escorte la disparition, se retourne sur Eurydice, draine la peine, donne le ton, parle d’amour, en redemande ; change la faiblesse en force, échange les contraires, dort peu dans les hôtels, déjeune au restaurant, étudie la philosophie, lit les journaux, distribue le courrier du soir, traite les comme des choses, allume le feu, tire les rideaux, tache le papier d’un doigt de sperme, souffle les courants d’air, se dispense de la description, produit de l’électricité, invoque, défie les dieux, attire l’attention, tire des coups d’arquebuse, se lève de sa chaise, décolle vers Miami, atterrit à New York, s’espace, se blesse contre le ciel, quitte son orbite, s’enfuit dans la circulation, bat la , fait le premier pas, s’arrête et repart, fait à nouveau comme si, regarde sa montre, regarde au-dehors, regarde au dedans ; a des yeux, ne néglige rien, approvisionne, ne rassasie pas ses pupilles ; appelle "muse" le désir, rature, jouit textuellement, fabrique de la contiguïté, pénètre le destinataire, l’inspire, le transporte, descend à la fontaine, se charge de lyrisme, reprend le large par la taille, vole parfois comme Icare, oublie son rendez-vous, débouche à l’embouchure, accouche de la beauté, métamorphose, accroît le volume de la mer, confond le rythme et l’océan, franchit le gué et le miroir, ne manque pas d’audace, saute sur l’autre rive ; déménage, se restreint, met le bleu en vente, condense, émerge, existe par surprise, multiplie les pains et répète : "je t’écris le partage", saigne et pense avec tout son corps, rentre dans la question, dispute, s’exerce, fragmente et court-circuite, s’enfonce dans ses contradictions, cherche encore, interroge toujours, s’inquiète et s’impatiente, examine et discute, passe au crible, va au fond, s’accroche à son double, se démasque, se demande "qui es-tu" ? ajoute "ne me prive pas de toi’", s’étonne, voudrait des preuves : "c’est incroyable !", exige et réclame, remue dans son lit, s’égare vers une forêt d’énigmes, ne laisse rien en l’état, croit encore parfois tout comprendre, affirme le réel possible ; écorche ses nervures, garde confiance en l’impossible, surimprime, fixe les extrêmes, porte avec elle ses démentis, se détache, voit trouble, hésite entre poème et prose, se figure des choses, reste une affaire de nudité, couche à la belle étoile, lègue sa mortalité, finit ses jours, ravale sa peine, cesse de se plaindre, rechute et se renverse, aime ensemble le lierre et le vent, bouge des hanches et des lèvres, ramasse les débris des merveilles, occupe le , attend son heure, récite des leçons de ténèbres ; fête l’anniversaire d’une éclipse ; parle "comme si on ne devait plus se voir", ne ressemble à personne, est faite par tous, non par un seul.

Jean-Michel Maulpois, un auteur que l'on peut soutenir en faisant un détour par ici, en l'occurrence le site Remue.net.< />

Version imprimable | Zarchives (côté cour) | Le Mercredi 12/04/2006 | 1 commentaire | Lu 650 fois


Commentaires

Quelle phrase !

Les poètes nous offrent des mots et chacun d'entre nous les recevons avec notre propre ressenti. Alors , d'autres ne trouveraient peut-être pas de poésie là où je la perçois, au travers des mots ou du regard que je porte sur des instants de vie. C'est la liberté d'interprétation.

 


Eden | Le Jeudi 13/04/2006 à 11:02 | [^] | Répondre

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