Tu vois, un jour, je suis parti. J'ai grandi, là-bas. J'ai terminé par m'y construire. Je m'y suis nourri de tellement de choses. C'est vrai que les voyages forment la jeunesse. Et puis je suis revenu. J'ai remis le coeur sur l'ouvrage, ouvragé les plans de mon coeur. J'ai tout repris, de fond en comble, dépoussiérant ce qui le pouvait. J'ai réappris, ici : à marcher, à courir, à tomber, à aimer. J'ai appris. A retourner vers le futur, à explorer le passé comme une fleur fanée, à voir l'avenir comme jamais auparavant. Je n'ai rien retrouvé, rien perdu non plus. Je n'ai pas reconnu grand chose. C'est fou comme dans ces moments-là, on retient le goût de la pluie.
Un autre jour, le lendemain peut-être, j'ai quitté là-bas aussi, quitté cet ici d'antan également, et je me suis installé là. Chez moi. Le poids des années est une plume légère quand on s'en déleste. Les casseroles ont appris à se taire, mieux rangées sans doute, ou alors jetées lorsque trop trouées. J'ai tout redécouvert, comme on énigme au peigne fin et avec la patience du chercheur d'or les petits cailloux chopés par le tamis.
Aujourd'hui, las d'être las, requinqué par les arpents de ma fatigue, je suis là, à l'aube d'une orée nouvelle, les pieds dans la clairière et les paupières pimpantes, avides de nouveau. Le soleil filtre ses rayons comme des épées de lumière et tend ses bras à qui veut bien mettre deux ou trois pelletées de nuages dans la brouettes des âmes qui vivent. Les brouettes valent finalement mieux que tant de moyens de locomotions. Elles couinent souvent la roue plaintive, mais solidement tenues par les bras gaillards, elles vont de l'avant et se moquent de la charge.
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