Ci-dessous un édito trouvé sur un site internet branché ressources humaines. Vous l’aviez remarqué, il était devenu inconvenant de dire ce qui pourrait aller mieux. Ceux qui sont en charge ou briguent quelque vaste ou menue responsabilité ne supportaient plus les critiques. Il est vrai qu’ils se donnaient beaucoup de mal pour faire mieux que leurs pères et le dire mieux que leurs pairs. Et c’est toujours leur faire de la peine de ne pas les croire. Le politiquement correct régnait en maître et il n’était possible que de bêler avec les moutons et de hurler avec les loups. Des voix se sont fait entendre pour revenir au droit de critique. (...) Mais le devoir d’expression existe. À l’inverse de son compère le droit d’expression, son existence n’est pas régentée par la loi. Tout citoyen, placé en position d’observer des illégalités, des abus ou même de simples insuffisances émanant soit des pouvoirs publics, soit de gens en place, grands ou petits, n’en est pas dispensé. -----
Chacun est investi du devoir, au moins moral, de constater et de porter les faits par les voies appropriées à la connaissance de ceux qui ont à les connaître. Et ce devoir n’est pas exclusif de l’intelligentsia, toujours trop prompte à disqualifier ce qui ne sent pas l’École.
Vaste et délicate mission de chaque individu qui ne pourra jamais contenter tout le monde ! C’est en quelque sorte une émanation et une extension du devoir de rébellion que de Gaulle pratiqua jusqu’à encourir la peine de mort en 1940.
Les armes dont disposent les pouvoirs contre la liberté d’expression existent de toute éternité et sont perfectionnées tous les jours. Elles peuvent être plus ou moins licites et aller du recours plus ou moins légitime à la voie de fait en passant par la menace et l’intimidation. Elles tiennent en respect les prudents, les faibles, les pleutres, les timides
Elles sont sans effet sur les intrépides et les résolus qui estiment ne pas devoir laisser les responsables « solitaires au milieu de leurs œuvres infructueuses ».
Outrepassant les interdits et les tabous les redresseurs de torts s’expriment. Les armes pour les contenir s’affinent et faute de pouvoir rester directes et légales elles deviennent indirectes et insidieuses. Contre les irréductibles on met en œuvre la déconsidération et la calomnie. Dire la vérité devient diffamatoire. D’aussi loin qu’elle se présente, la moindre critique est décelée et appelée dénigrement qui est un qualificatif fort à la mode. Ces gens rigoureux que sont les lexicologues et les grammairiens ont d’ailleurs remarqué que le mot dénigrement, qui désigne la manie de « tout teindre en noir », ne sert qu’à dénigrer !
La grande question est de savoir qui peut résister.
Les intellectuels, les journalistes, les amuseurs publics ont certes leur rôle à jouer. Mais force est de constater que l’organisation des professions tend à institutionnaliser l’exercice de l’expression. L’indépendance s’émousse et d’autres rapports de force s’établissent, institution contre institution, système contre système.
Il reste cependant une immense place à prendre. N’en déplaise aux grands et aux installés, chacun peut s’en saisir et la défendre, bec, ongle et plume, sans rien demander à personne et sans autre guide ou frein que la légalité et la conscience morale.
Il reste aussi à bien définir l’esprit dans lequel il faut titiller et au besoin épingler les grands. Le respect pour les fonctions doit laisser quelque place à l’irrévérence. Le respect pour les individus ne doit pas interdire la mise en cause des idées.
Tout bien considéré, les gens d’expérience savent au fond d’eux-mêmes qu’on est presque toujours au-dessous de sa tâche. Ceux qui exercent des responsabilités ont besoin de s’entendre rappeler que le citoyen souverain veille sur eux et sur leurs actes. Et qu’il ne s’agit pas de plaire mais de parfaire.
Don Quichotte a besoin de Sancho Pança, le roi a besoin du fou. Il faut flanquer la statue du commandeur, non par la statue du « co-menteur », mais par celle du commentateur.
Bien dire et laisser faire est un moyen pour mettre chacun devant ses responsabilités. C’est peut être le seul.
Pierre Auguste
Le 18 janvier 2006
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