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Ethique villageoise

Mais les incendies éclatent malgré tout et une fois le fléau déclaré, il n'y a rien à faire : « Une fois que c'est parti, c'est parti. Ça fait peur. On se contente de regarder brûler, de sauver quelques meubles si on peut, tout ce qu'on peut sauver. On va vers l'incendie pour donner secours. On va du côté du feu pour prêter main-forte. » Le voisinage offre par métaphore la pluie diluvienne qui permettrait d'étouffer le brasier. « Quand la foule se met dans la maison, c'est le déluge. Tout le monde sort quelque chose. » Dans l'instant du drame, la solidarité est de l'ordre d'une éthique villageoise. Comme on présente ses condoléances lors du décès d'un voisin, on ne laisse pas seuls ceux qui sont en train de perdre leur maison, leur récolte, leurs outils. La première manifestation d'entraide et de soutien est d'être là avec les propriétaires et de tout faire, pour gêner avec un acharnement sans illusion la progression des flammes, pour sortir de la maison ce qu'il est encore possible de sauver.-----
La destruction par le feu des bâtiments de résidence et d'exploitation agricole reste néanmoins un événement marquant qui laisse une empreinte indélébile dans les histoires de vie. Le feu grève les patrimoines. Il marque également les esprits. Les témoignages font apparaître l'importance de la du feu dans la scansion du . L'incendie pose une époque, un âge. Il cristallise derrière son image le bouleversement du quotidien familial. Pas une fois, mais plusieurs fois au cours d'une vie, il s'impose aux individus.
« Le 15 mai 1915, c'est notre maison qui a brûlé. La maison de mon père. Ça m'a marqué. J'avais cinq ans. La seule chose dont je me souvienne, c'est de cette pompe. » Toutes les personnes rencontrées ont vécu ou vu de près, dans leur propre famille ou chez leurs proches voisins, une maison brûler, partir en fumée. L'incendie se décline en principe au nom de sa lignée, « lorsqu'on a brûlé nous autres », avant d'être le fait des branches collatérales et des familles du . « N'en voir brûler qu'une » en étant né au début du siècle est une expérience minimale pour l'ensemble des informateurs consultés.

Valérie feschet, les granges en flammes.
Les incendies de ferme en Provence alpine entre 1900 et 1950

 
Source : site internet de la revue Terrain.

Version imprimable | Zarchives (côté cour) | Le Dimanche 16/04/2006 | 0 commentaires | Lu 670 fois



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