S'identifier


Froid dans le dos, chaud devant !

C'est une petite phrase de rien du tout, prononcée au hasard d'une discussion, avec un pote l'autre jour. Une petite phrase qui sur le coup m'a simplement interpellé, genre on fronce les sourcils. Mais petit à petit, elle a fait son chemin. Genre merde, ça craint, ça ! Cette phrase, est quelque part dangereuse, comme peut l'être une fuite d'eau qui gangraîne une tuyauterie. La forme ne paie pas de mine. Le fond effraie. Il ouvre des vannes, lâche la purée, constate les dégâts d'une époque, inquiète en ce que ça promet de sales heures aux générations suivantes, désole si le constat est partagé par des millions, des milliards de gens. Cré vache !-----

Le contexte. Avec le pote, nous évoquons l'effet de serre, le réchauffement de la , ce genre de choses. Nous disons notre difficulté à évoluer dans les dédales de toutes les informations qui défilent, notre peine à nous faire une opinion, entre catastrophisme et optimisme. Et puis à un moment donné, sorti de ces considérations, voilà que le pote dit grosso modo ceci : Moi, quand je vois ces fumiers d'américains qui signent pas Kyoto et qui en ont rien à foute, ça me donne envie de faire aucun effort. Après tout, merde. je sais, c'est con dire ça mais bon. Sur le moment, je me dis qu'il illustre son propos, qu'il donne un peu dans la provoc. Essaie d'en rire. Mai en fait non. IL LE PENSE. Et quelque part, IL LE FAIT. Et là, comme dit l'autre, ça me scie à la base !

Cet exemple est fascinant, quelque part. Il montre comment on peut être en complet déséquilibre entre ce que l'on ressent sur le fond et ce que l'on fait dans ses actes. Il montre aussi comment, l'air de rien, on peut être pile poil en train de faire le contraire de ce que l'on pense. Et dire l'inverse de ce que l'on fait. Ca me fait penser à cette sensation que j'avais certains dimanche, lorsque je passais devant une église ou se tenait un SDF main tendue à la sortie de la messe, les gens bien habillés passant devant lui d'un air hautain. Ils venaient de faire leur heure de bonne conscience. La vie pouvait reprendre.

L'aveu est terrible. Et il se discute. Car à mes yeux, ce n'est ni plus ni moins de la désertion, ça. De l'abandon de poste au sens responsable du terme. Un échec, autrement dit, qui légitime le après moi le déluge. Cela m'est insupportable.

Car j'ai acquis la conviction qu'on est en train de claquer de ça. Suffit de regarder 20, 30 ans derrière nous. Nous en venons. Nous en sommes les enfants. Et ça me gêne l'idée que l'on puisse contribuer à perpétuer le système. En toute impunité. Les américains ont beau dos.

Je dis ce jour là au pote que je pense le contraire, moi. Que c'est à chacun justement de poser sa pierre dans le bazar pour amener les américains à. Et que ce ne sont pas des idéalismes à deux balles. Mais des actes concrets, humbles, patients qui feront bouger le monde. Ce disant, je mesure tout ce que cela engage. Et je me dis que nous sommes bien dans un ère bipolaire. Pas forcément gauche droite. Mais pour ou contre LE système. Ou alors la gauche est l'un, la drite est l'autre. S'opposent l'impuissance du lambda et la machiavélique puissance des grandes puissances, justement. Et de leurs légionnaires.

Est-ce que quand on perd, il est plus facile de changer de jeu ? Ca peut être tentant, mais ce n'est pas évident. Le pote, dans l'histoire, légitime sa vie, ses choix, ce qu'il est devenu. Cela se conçoit. De même que cela se conçoit que les gens n'aient pas a priori l'énergie des efforts que demandent le changement. Mais l'hérésie est peut-être de croire qu'on a le choix. MOi, je pense qu'on ne l'a pas.

Voilà une info qu'il m'intéresserait d'avoir : combien sont-ils à avoir ainsi renoncé ? Et combien sont-ils à ne pas avoir renoncé ? Une petite voix me dit qu'à l'heure de l'aspetisé de toute part, c'est peut-être vraiment là que se joue le système politique bipolaire. Le oui et le non à l'Europe en est quelque part une illustration. Le vrai potentiel de surprise des présidentielles 2007 et 2012 est là, j'en suis presque convaincu. A l'époque, le non l'a emporté. On n'a juste pas encore trouvé pour les présidentiells de 2007 le nom de ce non là. Je pense que ça sera pour 2012.


Version imprimable | Zarchives (côté jardin) | Le Samedi 09/09/2006 | 10 commentaires | Lu 1407 fois


Commentaires

Je pense que l'on n'a pas le choix et qu'il faut modifier nos comportements, c'est évident.
Par contre, ton pote prend pour alibi l'exemple des US qui le démotiverai à priori, là, j'en doute. Il faudrait qu'il admette qu'il ne veuille pas renoncer à ses habitudes,  et pire que sa désertion personnelle à ce sujet, c'est l'absence de motivation que l'on décèle un peu partout.  La répression à tout va d'un côté et de l'autre, une cité dépressive.

 


Eden | Le Samedi 09/09/2006 à 23:48 | [^] | Répondre

Re:

Je pense que ça doit être trés dur de réussir à reconnaître ce qu'on met tant d'énergie à se cacher... !!!

 


Didier | Le Lundi 11/09/2006 à 15:07 | [^] | Répondre

Re: Re:

J'ai appelé ce "syndrôme" dernièrement "les papillons de la jeunesse" autrement dit des oeillères qui réduisent considérablement le champ de vision. ;) "pense avec le monde et agis dans ton lieu" est un bon conseil pour ton pote.

Aller, j'ai du boulot à la maison, linge à laver, repassage, le goûter des enfants, etc etc...tout en pensant au temps de loisir, mon favori étant la photo en essayant bien à ne pas produire trop de  mauvais clichés, un faux pas et l'image est floue ! Sourire.

 


Eden | Le Jeudi 14/09/2006 à 15:01 | [^] | Répondre

En même temps, c'est décourageant, parfois, de se dire que faire des efforts, c'est bien peu, à l'échelle de la terre. Mais je reste moi aussi persuadée qu'il faut sacrifier un poil de bien-être... tout en n'étant pas très optimiste pour les générations à venir !

 


Marie | Le Lundi 11/09/2006 à 23:36 | [^] | Répondre

Re:

Si ça peut te rassurer, ton raisonnement n'est pas vraiment juste ;-p
Tu considères que tu es la seule à faire ces efforts, ce qui est loin d'être le cas (même si je te le concède nous ne sommes peut être pas beaucoup pour le moment, mais combien ?), donc ce n'est pas rien. Je crois que c'est ce même raisonnement qui dérésponsabilise totalement les gens qui achètent des produits d'importation même lorsqu'il est très probable qu'ils soient fabriqués par des enfants : finalement mon action à elle seule n'est pas grand chose. Nous voyons le résultat : c'est une catastrophe. Mais il y a encore autre chose, je crois qu'il faut toujours penser ses actions comme étant potentiellement réalisables par l'ensemble de la population terrestre. Du coup, la consommation comme nous la pratiquons dans nos sociétés industrielles ne sont alors tout simplement pas légitimes car il n'y aurait pas assez de ressources naturelles pour que tout le monde puisse vivre comme nous le faisons. De la même façon, si tu fais des "efforts" (qui avec le temps ne deviennent pas si pesant que cela), alors tu rends ton mode de vie plus "compatible" avec l'ensemble de la population et puis cela donne un exemple autre que ceux que l'on peut voir tous les jours. Quand je dis dans un magasin que je ne veux pas de sac en plastique parce qu'on en a déjà trop, que c'est du gâchis et de la pollution, je n'ai aucun scrupule parce que je sais que c'est "vrai", et d'ailleurs personne ne m'a jamais fait de réflexion à ce propos (au contraire, ceux qui ont plein de sacs en plastiques dans les mains regardent par terre). On peut multiplier les exemples par milliers, il faut avoir de l'imagination. Je dis aussi souvent ouvertement que l'argent ne m'intéresse pas, ni la plupart des biens martériels, d'abord parce que je le pense et puis ça m'évite un certain nombre de discussions sur les "biens" (les maux ?) de consommation que je déteste, comme les voitures, les machines à laver, les soldes, les meubles IKEA, les ordinateurs, etc. :o)

 


ged | Le Jeudi 14/09/2006 à 17:41 | [^] | Répondre

Re: Re:

Oh, je partage ton point de vue, Ged ! Et je rencontre des gens autour de moi qui font des efforts aussi. Je ne pense pas être la seule à en faire ! Je voulais surtout insister sur le fait que parfois, dans des moments de découragement, il est plus facile de "craquer" pour des choses de consommation ou de clientélisme, plutôt que de se positionner en citoyen responsable... La facilité est tentante, quoi...

Heureusement, ce n'est pas le cas tous les jours ! Je suis convaincue que des petits efforts de chacun inciteront d'autres à suivre l'exemple et c'est peut-être la meilleure solution pour faire attention au monde... d'ailleurs, c'est en regardant d'autres faire que j'ai envie d'essayer certains trucs... Comme quoi ça marche !

 


Marie | Le Jeudi 14/09/2006 à 22:54 | [^] | Répondre

changer de vie

Il y a un très bon bouquin sur l'analyse sociologique de la reproduction inconsciente de notre monde (quoi que un peu trop anti-capitaliste primaire à mon goût des fois) : le petit-bourgeois gentilhomme.
Sinon, je crois vraiment qu'il faut vivre de la façon dont on voudrait que le monde soit. C'est-à-dire se changer soi-même avant de vouloir changer les autres.
Quitter son métier, aller voir ailleurs si on y est, comment les "autres" vivent, comment on peut faire de l'écologie en cultivant un peu, comment on peut très bien vivre "heureux" avec peu de choses mais surtout des rapports humains, avoir le temps de faire de l'art, de faire la cuisine, d'observer la nature, de ne rien faire...Le désespoir vient lorsque l'on n'agit pas...

 


ged | Le Jeudi 14/09/2006 à 12:20 | [^] | Répondre

Re: changer de vie

Je partage complètement cette vision ! Non sans observer que c'est sacrément ambitieux, en même temps, cette idée de vivre dans ce monde-là tout en vivant dans le monde qu'on aimerait. Faut gérer, comme dit Marie, les moments où l'on y croit moins, où l'on est inquiet. Mais ça peut sembler tellement porteur, dans le même temps, que le jeu en vaut la chandelle ! M'en vais toutefois essayer de jeter un oeil au bouquin auquel tu fais référence.

 


Didier | Le Jeudi 14/09/2006 à 14:25 | [^] | Répondre

Tout est dit et bien dit ! Il y a de plus en plus de gens qui raisonnent comme vous. D'ailleurs, ne pas refuser les plastiques et réfléchir à deux fois avant d'acheter un produit suremballé ne gêne pas mon bien-être, au contraire : Je me sens plus responsable et mes efforts deviennent totalement naturels. C'est juste une habitude à prendre. Les enfants suivent, et petit à petit, ça fait boule de neige.

 


Carole | Le Vendredi 15/09/2006 à 18:41 | [^] | Répondre

Lien croisé

Rezo.net - Blogs : "la quittes (Loubnan ya Loubnan 10/09)Il serait pas un peu zinzin, François Bayrou ? (Vive Le Feu ! 10/09)Renonciation ordinaire ! (Utopie 09/09)L’émirat d’Idriss Déby (dirtydenys 05/09)" rel="nofollow"

 


| Le Dimanche 01/10/2006 à 09:17 | [^] | Répondre

Recherche


Archive : tous les articles