La mémoire familiale est faite de
fragments épars et disparates. Elle est fugitive, elle surprend et envahit par bouffée celui qui se souvient. Elle résonne intérieurement dans
l'intimité secrète de chacun. La mémoire familiale est d'abord une histoire, la façon dont un
individu va mobiliser son passé et lui donner sens, plus ou moins
consciemment. La mémoire familiale est le résultat du travail de
réappropriation et de négociation que toute personne fait vis-à-vis de
cette histoire fondatrice de son identité La mémoire familiale, c'est
aussi une antichambre de l'altérité. S'y construit le rapport de chacun
à sa propre histoire, et donc aux autres de cette histoire là. S'y
inscrivent les continuités et les ruptures dans l'histoire des
familles, dans les liens familiaux, dans les formes de transmission et
dans les contenus de l'héritage.
La mémoire familiale, c'est
encore et surtout une présence qui nous habite et qui se rappelle à
nous à partir d'images, d'impressions et de sensations. Lorsqu'elle
entrouvre ses portes, elle fait ressurgir, comme par magie, les odeurs
et les sons, une anecdote, une plaisanterie coutumière, un objet, une
photo, la voix des personnages familiers, le souvenir de leur corps, de
leurs gestes, telle image d'un lieu d'enfance, une recette de cuisine…
autant d'évocations oeuvrant comme des perches tendues pour faire
revenir le passé dans le présent.
Anne Muxel
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