A la plume, une universitaire en sciences de l’information. A la clé, un article qui fait office de loupe pour nous décoder l’affaire du Bien à vous (BAV).
Avis d’obsèques, d’abord : le BAV, décortique l'auteure, a trucidé les assurances de considération plus ou moins distinguée les «salutations» qui n'ont de respectueuses que le nom, les secs et brefs «cordialement» de moins en moins cordiaux. « Quant aux sentiments si peu éprouvés mais si fort brandis, , ajoute l’auteur, ils ne trouvent plus grâce qu'aux yeux des septuagénaires déjà depuis longtemps sur le banc de touche. Pour ne rien dire des «Votre dévoué» qui moisissent au fond des études de notaires de province, abandonnés de tous ou presque.
Mais revenons à notre BAV. « C'est dans le rituel «Bien à vous», «Bien à toi» que se reconnaissent désormais les ambiguïtés de notre temps » indique l’universitaire. Qui explique que « l’étrange formule » permet « de voir se créer devant nos yeux de nouveaux usages, en temps réel ou presque. Car il s'agit ici d'assister en direct à la naissance d'un rite social fondateur : la formule de politesse. Une politesse qui, plus que jamais, affirme sa fonction primordiale : arrondir les angles, polir les aspérités, abraser le réel pour le restituer sous une forme où le poétique et le politique se confondent ».
Qu'est-ce donc qu'être poli aujourd'hui ? D'abord rassurer et non plus assurer. A la place des «Veuillez croire», et des «Recevez l'assurance», le BAV prend soin de débuter par un mot réconfortant entre tous. Rassurer, persuader, masser, détendre, optimiser le temps de cerveau disponible, materner l'autre, telle est la fonction de ce premier mot. Et puis derrière, voici l'offrande suprême, le rite oblatif qui dans les termes impose l'idée d'une dépossession de soi tout entière tournée vers l'autre et sa satisfaction espérée. Dans ton combat, sache-le tu n'es plus seul ; me voilà soldat de ton armée des ombres. Quoique tu puisses croire, semble nous dire la bienfaisante formule, je t'assure que je suis de ton côté. Le BAV ne peut rien signifier d'autre que feindre. Qui demeurerait la vertu sociale par excellence. Un hymne à la simulation du vivre-ensemble. Fichtre ! Marie-Joseph Bertini maître de conférences (sciences de l'information et de la com-munication) à l'université de Nice-Sophia Antipolis. Tout l'article peut se lire ici.
Avis d’obsèques, d’abord : le BAV, décortique l'auteure, a trucidé les assurances de considération plus ou moins distinguée les «salutations» qui n'ont de respectueuses que le nom, les secs et brefs «cordialement» de moins en moins cordiaux. « Quant aux sentiments si peu éprouvés mais si fort brandis, , ajoute l’auteur, ils ne trouvent plus grâce qu'aux yeux des septuagénaires déjà depuis longtemps sur le banc de touche. Pour ne rien dire des «Votre dévoué» qui moisissent au fond des études de notaires de province, abandonnés de tous ou presque.
Mais revenons à notre BAV. « C'est dans le rituel «Bien à vous», «Bien à toi» que se reconnaissent désormais les ambiguïtés de notre temps » indique l’universitaire. Qui explique que « l’étrange formule » permet « de voir se créer devant nos yeux de nouveaux usages, en temps réel ou presque. Car il s'agit ici d'assister en direct à la naissance d'un rite social fondateur : la formule de politesse. Une politesse qui, plus que jamais, affirme sa fonction primordiale : arrondir les angles, polir les aspérités, abraser le réel pour le restituer sous une forme où le poétique et le politique se confondent ».
Qu'est-ce donc qu'être poli aujourd'hui ? D'abord rassurer et non plus assurer. A la place des «Veuillez croire», et des «Recevez l'assurance», le BAV prend soin de débuter par un mot réconfortant entre tous. Rassurer, persuader, masser, détendre, optimiser le temps de cerveau disponible, materner l'autre, telle est la fonction de ce premier mot. Et puis derrière, voici l'offrande suprême, le rite oblatif qui dans les termes impose l'idée d'une dépossession de soi tout entière tournée vers l'autre et sa satisfaction espérée. Dans ton combat, sache-le tu n'es plus seul ; me voilà soldat de ton armée des ombres. Quoique tu puisses croire, semble nous dire la bienfaisante formule, je t'assure que je suis de ton côté. Le BAV ne peut rien signifier d'autre que feindre. Qui demeurerait la vertu sociale par excellence. Un hymne à la simulation du vivre-ensemble. Fichtre ! Marie-Joseph Bertini maître de conférences (sciences de l'information et de la com-munication) à l'université de Nice-Sophia Antipolis. Tout l'article peut se lire ici.
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