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Le jour où j'étais le seul ou presque de mon entreprise à ne pas faire grève

J'étais jeune journaliste dans une locale d'un quotidien régional, à l'époque. Printemps 1992. En poste depuis quelques mois et pour quelques mois. CDD, quoi, mais le genre heureux : bonne trajectoire, pas de mort entre les contrats, des contrats d'assez longue durée, fruit de quelques années d'avancée progressive dans le . CDD transit, soit dit en passant, d'un journal à l'autre, d'un contrat à l'autre, comme en , on se prête de jeunes joueurs histoire de les aguerrir, de les garder sous la main, de leur permettre de faire leurs armes s'en perdre de .
Ce devait être le mois d'avril, et une sale affaire agitait alors la rédaction : un journaliste venait d'être viré sans sommation pour faute lourde. Evénement rarissime dan les rédactions, où le placard est d'ordinaire préféré aux sanctions, cet événement était encore plus rarissime dans ce journal-là, plutôt tendance ambiance famille. Alors un licenciement, du jour au lendemain, pensez donc !
A événement rarissime, réaction en bloc d'une profession soudain unie comme un seul homme pour défendre le collègue. Donc grève générale. Sauf moi.
Le gréviste étant une personne qui a du , il me souvient avoir passé pas mal de au téléphone avec des ne comprenant pas mon attitude. Ben tu ne fais pas grève, tu ne trouves pas que c'est scandaleux ? Si, je répondais. Tous les autres CDD font grève, on me disait aussi. Le pire était que j'étais 100 % d'accord avec les grévistes et que j'aurais bien aimé moi aussi pouvoir être comptabilisé dans les solidaires au type en question. Qui certes avait peu de circonstances atténuantes mais tout de même.
Alors pourquoi donc cette non grève ? La faute au système CDD ? La faute a pas syndicalisé ? Eh bien que nenni ! Tout simplement ceci : le licenciement créait une place libre de journaliste et l'on m'avait proposé un CDI. Autrement dit, la faute de ce type me permettait enfin de décrocher le fameux emploi après lequel je cavalais depuis tant et tant d'années. Entre les deux, mon coeur n'a pas trop balancé je dois le dire. Et comme j'aurais trouvé parfaitement hypocrite de ma part de faire grève pour soutenir une personne qui se trouvait être à l'origine de mon embauche, eh bien voilà.
L'ironie du sort aura été que peu de après, deux autres journaux m'avaient finalement proposé des CDI...

Version imprimable | Tranches de vie(s) | Le Samedi 09/09/2006 | 1 commentaire | Lu 409 fois


Commentaires

Suivez la ligne !

C'est ce que j'appelerai une ligne de conduite, avec l'honnêteté intérieure de celui qui la suit, emprunt du désir périlleux d'être juste avec soi-même.
Une démarche impossible à comprendre par l'homme en combat avec la crise du moment.
Une trajectoire difficile à tenir tout au long d'une vie... mais tellement importante.
Et puis les signes sont là. 2 CDI qui arrivent en reconnaissance de l'acte, si ça c'est pas donner raison à celui qui ne veut pas se mentir !

 


Francis | Le Samedi 09/09/2006 à 08:31 | [^] | Répondre

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