Cela commence dans la cuisine chez mes parents. J'ai dans les 10 ans et pour la première fois, mon père et quelques uns de ses amis vont m'amener au stade Marcel-Picot, à Nancy, voir un match de foot de première division. Je n'ai aucun souvenir de contre qui ce match a eu lieu, par contre, je me souviens trés bien... de la préparation des sandwichs par ma mère. Tout étais posé sur la table, elle avait tout enrubané dans des morceaux de papier alu, avec dessus des étiquettes pour qu'on s'y retrouve. Il y avait aussi des gâteaux, des chips, et comble du bonheur, parce que j'adorais ça, il y avait aussi des morceaux de carottes, crues, la grande classe quoi. J'avais aussi apporté des habits chauds, c'était quand même ma première sortie nocturne du genre. Mon coeur battait fort, trés fort, et à mesure que nous approchions du stade, je me faisais plus silencieux, phénomène assez rare pour l'enfant que j'étais. Mon père avait emmené avec lui quelques copains à lui. Ca rigolait fort dans le véhicule. Je n'avais alors pas en tête que les adultes pouvaient aussi s'amuser comme des enfants. J'étais dans ma bulle, dans mon rêve, mon sac de mangeaille sur moi, rien ne pouvait vraiment m'en faire sortir.
Mais il y a eu cette longue marche, je ne m'y attendais pas. Précautionneux, soucieux du départ au retour, mon père avait garé la voiture assez loin du stade. Nous fîmes le reste à pied. Le stade, de nouveau, me semblait trés loin. Là-bas brillaient déjà les immenses projecteurs, quatre, à chaque coin. Ils marchaient vite, mon père et ses copains. Je tentais de cavaler derrière pour rester dans leur pas. Ici ou là, des grappes humaines convergeaient vers le majestueux carré vert masqué de la rue par d'épaisses tribunes.
Puis ce fut l'arrivée près du guichet, l'achat des places, et enfin, les premiers pas dans l'enceinte. Mais la marche continuait. Il nous fallu contourner les tribunes pour arriver à la nôtre, je respirais au passage les odeurs de frites et de saucisses grillées. Une radio tapait dur. Nous marchions, marchions encore. Des escaliers, ensuite. A monter. Puis à redescendre. Et ce fut enfin la découverte de l'air de jeu. C'était fascinant pour un môme comme moi. Mes yeux regardaient tout, prenaient tout. Il y avait un match, déjà. Lever de rideau, comme on disait. Des jeunes du club.
Nous nous sommes installés. Les grands ont mangé (en regardant d'un oeil distrait la partie secondaire), moi je matais tout, me contentenant de grignotter mes carottes. Puis les professionnels des deux équipes sont venus s'échauffer. Moutier, Platini, Rouyer, Rubio. Mes idoles étaient là. Je ne les quittais pas des yeux. Je n'en croyais pas mes mirettes. J'y étais. Au stade. Je rêvais en même temps. Je me promettais, un jour, de jouer sur cette pelouse.
Les joueurs s'en retournèrent au vestiaire, je m'ennuyais pendant encore un bon moment.
Puis un speaker donna la composition des équipes, lesquelles ne tardèrent pas à arriver sur le terrain. Les tribunes s'étaient remplies sur le tard. Il y avait du monde un peu partout. J'étais heureux.
Et puis ce fut le retour, la longue marche à refaire la route, la maison, le coucher. Une soirée de rêve.
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