S'identifier


Le sentiment des choses

Dans la série lu pour vous. Des extraits d'un article paru dans Courrier International sous le titre " Dis moi ce qui t'offenses, je te dirai qui tu es " .

Le ressenti ayant acquis une telle importance, peu importe qu'il s'agisse à la base d'une question futile, d'une plaisanterie, d'une citation ou d'une fiction. Nous pouvons contrôler nos actes et nos décisions, en partie du moins, mais nous avons un pouvoir beaucoup plus limité sur le sens des . Il est si facile d'offenser que nous n'avons pas d'autres solution qu'apprendre à avec le malentendu. (...) Les relations humaines nous ont appris que les sentiments sont un matériau particulièrement inflammable. (...) Les conflits sociaux ont acquis depuis longtemps un caractère sentimental. -----
On assiste à tous les niveaux à une psychologisation croissante des conflits, que l'on ne peut plus gérer comme s'il s'agissait de conflits de classes et de redistribution traditionnels, ou de guerres classiques, avec des fronts et des territoires disputés. L'irruption des questions d'identité a remis en question le schéma selon lequel l'affectif appartenait à la sphère privée, tandis que la sphère publique était le lieu où nous pouvions nous entendre fût ce à grand peine. (...) Les êtres humains se retranchent derrière la seule position qu'ils jugent valables : leurs sentiments face aux choses. (...)
Notre monde est constitué de groupes qui se comportent comme des "concessionnaires d'estime de soi". La susceptibilité constitue le principe identificateur : les "nôtres" sont ceux qui se regroupent autour de la même offense et qui sont unis par une irritation commune. (...) Le grand combat que nous livrons est une lutte pour la reconnaissance. (...) Cette situation est à double tranchant.
En introduisant la question de l'identité, on élargit le catalogue des droits, on est attentif aux victimes, on peut approfondir le pluralisme et affermir le respect que nous devons les uns aux autres. Mais on donne aussi libre court à l'hystérie et à la victimisation. (...) Le mauvais goût ou les opinions bizarres rendent la coéxistence trés difficile, mais leur interdiction la rend absolument impossible.


Auteur : Daniel Inneraty / El Païs. Source : Courrier international.

Version imprimable | Lecture(s) diverses | Le Mercredi 10/01/2007 | 0 commentaires | Lu 294 fois



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