S'identifier


Lettre à une Grande Dame

Il y a des gens que l'on aime et c'est ainsi. Tu en fais partie. Il y a des gens qui vous aident à devenir ce vous êtes aujourd'hui. Tu en fais partie. Il y a des gens qui vous consacrent de l'énergie, du , de l'estime et vous prenez cela comme une offrande, comme un cadeau du ciel. Tu en fais partie. C'est précieux. Bien des destins, ou plus humblement des vies, sont marquées par des rencontres. La nôtre a indéniablement fait de moi quelqu'un. Ce n'est pas rien. Ô, rien de spectaculaire, nous sommes plutôt dans le registre du quotidien, ici. Pas de grands travaux, ni de craquements, pas d'estrades clinquantes, pas de grands chapiteaux avec des roulements de décibels et des crépitements de flachs, non, des petites touches qui emplissent la toile à espaces réguliers, des petits pas qui font les grandes randonnées, des centaines et des milliers de moments qui forment un bel ensemble.

Un espace, un de , des et des idées disséminiés. Des échanges de regards. Des partages de . Des volontés croisées de comprendre le monde et de tout faire pour qu'il soit humain. Un héritage dont je suis fier. Ce que je suis est à toi puisque tu m'as donné ce que tu étais.

Quand on a 25 - 30 ans, c'est important de trouver chez des plus anciens une âme soeur. Important et rare, j'ai conscience de ma chance.
Car oui, j'ai eu la chance de te connaître, Grande Dame. J'ai eu la chance que tu m'ouvres ton coeur, ta maison, ton oeil bienveillant, tes idées, tes colères, tes incompréhensions, tes rires. J'ai eu la chance de ton intense envie de avec les autres, de donner de toi à l'oeuvre commune, de faire de la politique au sens noble du terme. Le souci des affaires de la cité, non vécues comme des problèmes, mais appréhendées comme des défis. Nous partagions je crois avec deux générations d'écart une même soif d'utopiser le quotidien, une même envie de donner sens à ce que nous faisions. Nos échanges n'étaient jamais des sentences, mais toujours un passage, une étape, une conduite.
J'ai eu la chance de te rencontrer, Grande Dame. Comme tous les crétins de mon espèce, bien sûr, je ne t'ai jamais assez dit combien je t'aimais et combien tu avais sû contribuer à faire de moi quelqu'un qui joue sur ses qualités plutôt que quelqu'un qui s'échine à tromper ses défauts. Car c'est cela que je retiens le plus : inlassablement, implacablement, parfois férocement si nécessaire, tu savais extraire de la personne ce qu'elle avait de bien, tu savais sentir cela, ressentir cela, et mieux, l'exprimer. Je n'oublie jamais le Grand Monsieur qui est à tes côtés. Qui est grandement porteur de tout cela. Présent. Discret. Indispensable.
Tu fais partie de ces gens qui tordent le cou aux ironiques de la bonté humaine, aux blasés de l'espèce, aux désabusés de l'époque, aux narquois qui considèrent du haut de leurs tableurs et de leur soit disant réalisme pragmatique les penseurs et les brasseurs d'idées comme des handicapés du progrès voire des gens dans l'erreur. Tu es la preuve vivante que ce monde peut exister. Que ce monde meilleur n'est pas une , ni un doux rêve, mais une réalité profonde et parfois brutale, quelque fois douloureuse et toujours motivante. Que ce monde à façonner ne claque que parce que nous ne le façonnonons plus. Que ce monde est un choix et que si tous les gars du monde se donnaient la chance de le faire, ce choix, sans doute que quelques fléaus seraient éradiqués, sans doute que quelques nouvelles catastrophes ne nous feraient pas peur.
Tu es une grande Dame comme j'en ai peu rencontré dans ma vie. J'essaie de suivre le chemin. Je pense à toi. Je suis content que tu n'aies plus à souffrir en ce bas monde. Tu as donné. Merci.

Version imprimable | Zarchives (côté jardin) | Le Samedi 17/12/2005 | 0 commentaires | Lu 584 fois



Recherche


Archive : tous les articles