Enfant, ado, puis jeune adulte, les "discussions politiques ou de société" me gavaient. Me gavaient grave, même. J'étais assez du genre à partir dans mes songes quand de tels sujets déboulaient entre les crudités et le plat principal. Du genre, en lisant le journal, à trouver chiantes toutes ces pages consacrées à tout ça et à zapper direct vers les pages sports, l'horoscope et le programme télé du jour. Ca m'amuse assez, du coup, de noter comme quelques années plus tard, je suis à fond dedans. Ce blog en est un exemple parmi d'autres. C'est bien sûr parce qu'il y a eu éveil et aussi vie professionnelle, avec plongeon dans tout cela, avec aussi des métiers en plein dedans. Mais c'est aussi, et surtout, parce qu'il y a eu des enfants. Soudain, tout cela prend une autre dimension, ça a du sens comme on dit, ça prend du sens. Les enfants nous éclairent et nous assombrissent à la fois. Un matin, j'ai découvert qu'une ride s'était fichée en plein milieu de mon front. J'ai bien aimé. Dans un commentaire à l'un des articles de ce blog, une expression m'a sauté au visage. Il était dit , je résume, que les révolutions de salle à manger étaient stériles. Il était indiqué qu'il fallait, à la place (en prolongement ?) s'impliquer, s'engager, se lancer là où les révolutions de salles à manger, devenues pour le coup révolutions de salon, avaient des chances de déboucher sur quelque chose. Je pense l'époque et le monde avec, parfois, l'oeil (amusé ou non) qu'on a quand on mate un documentaire. On prend des sons, des images, des sensations. Alors qu'on revient souvent ici ou là sur l'importance de la famille, du coeur, de l'émotion, de l'humain, je me dis que peut-être que ce sont justement les révolutions de salle à manger (et de cuisine pour ce qui me concerne : c'est la même pièce !) qui sont notre avenir et notre engagement. Qui sont la traduction concrète, quotidienne, de ce qui se dit régulièrement ici ou là : changer le monde, c'est se changer soi. D'abord. Et c'est en terrain intime, finalement, voilà maintenant que nous faisons un détour par les toilettes et la salle de bain (!), que cela se passe.
D'autres commentaires laissés sur ce blog invitent par ailleurs à penser que le soleil surgira quand les pouvoirs publics reprendront (enfin) leurs responsabilités. Personnellement, je n'y crois pas. Heu. Je n'y crois plus. Heu, nan, c'est pas ça : dans le système actuel, je ne crois plus aux recettes habituelles. Je suis intimement persuadé que des formes nouvelles d'engagement sont à inventer. Je cherche.
Voici des questions bien centrales, finalement. Est-ce l'individu qui fait la société ? Est-ce la société qui fait l'individu ? On peut lire pour se faire un mal pour un bien l'excellent Jusque quand allez-vous accepter diffusé ces jours-ci par Eden. L'engagement est-il nécessairement valide dés lors qu'il est au sein d'un collectif, d'un parti, d'une structure ? Ou prend-il tout son sens, justement, dans sa salle à manger ? Voire tout ça un peu ?
PS : dans la série des rebonds sans rapport avec la semoule quoique, une autre lecture ma été proposée par La grande Loulou. Un lien vers ce texte Vieillir auprès des siens. Excellent !!!
PS 2 : Attention, hein ? !!! Je parle pas ici de repli sur soi, on est bien d'accord... L'intime n'est pas terrier, dans mon esprit. Au contraire. Havre de paix (autant que faire se peut). Terre d'ouverture et de repos. En pleine croissance, quoi.
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