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Le conciliabule des marguerites

Soleil et chaleur à la Saint Hilaire n'indiquent pas la fin de l'hiver.

Nous sommes dans la famille marguerites. C'est l'hiver. Tout le monde s'est fait tout petit, bien à l'abri dans le sol. Pas question de pointer le bout de son nez, ont dit les chefs marguerites. Intransigeants sur les us et coutumes. C'est comme ça depuis la nuit des . C'est la symphonie des saisons. Les mois en bre, ont fait brrr, et les moins en ier, on fait yé. C'est l'hiver. Les marguerites n'ont pas à fanfaronner. Elles hibernent pendant qu'à la surface, les grands pieds hivernent.
Mais en cette année 2007, il s'est passé quelque chose d'étonnant. Du presque jamais vu.
Pour Noël, la neige n'avait pas daigné débarquer. Les jours suivants, le grand conciliabule des marguerites avait palâbré sec. On se poussait de la pétale, on rigolait entre tiges, on frétillait d'un air un peu étonné. Le guetteur en chef des marguerites, en effet, avait rapporté l'information suivante : là-haut, ça se précise. Le printemps arrive !
La marguerite n'a pas la notion du mais elle est prudente. D'autres messagers guetteurs étaient partis vérifier l'information. Des experts qui s'y connaissaient. Tous avaient confirmé qu'effectivement, il se tramait quelque chose en surface et que le moment de se mettre en feuilles n'allait pas tarder.
Le grand conciliabule avait la moue dubitative des pas convaincus mais avait fini par obtempérer. Le jour de la grande sortie était proche. Ca frétillait de plus en plus dans les rangs, de toutes façons, et les chefs du camp sentaient bien qu'ils ne parviendraient pas à retenir leurs ouailles. Alors janvier ou pas janvier, Sainte Hilaire ou non, ils finirent par accorder le bon de sortie général.
Une à une, les marguerites sortirent de terre. Elles s'ébrouaient avec joie, heureuses de cet instant tant attendu, si longtemps esquissé, couvé comme un oeuf qui ne demande qu'à éclore. Chacune rivalisait de cris satsifaits, de enthousiastes, on se tapait la feuille d'un air entendu, on s'esbaudissait du grand jour.
Au loin, les arbres s'étonnaient de cette frénésie incongrue en ces hivernaux. Mais que font les marguerites ? disaient les érables aux sureaux, les sureaux aux frènes. La rumeur courrut jusqu'au grand chêne, c'est dire. L'herbe et ses millions de soldats également, ne cachait pas sa suspicion. Mais elles sont devenues folles, disaient les uns aux autres. y'a pas idée de surgir comme ça, gromelaient les mousses asséchées.
Quelques jours de janvier passèrent donc dans cette ambiance mi joviale, mi intriguée. La nature ne savait à dire plus trop à quel saint se vouer. Y va ? Y va pas ? D'autres fleurs suivirent les marguerites. Des bourgeons cherchèrent à se hisser par dessus bois pour voir de quoi il retournait. La rumeur, fole, colportée par le vent, n'en finissait mais de gambader. C'est le printemps, c'est le printemps, clamait-elle. Déjà ? Pensaient certains. Ah bon, estimaient d'autres.
Et puis la grande faucheuse est arrivée. Cela jeta un froid. Terrible.

La source de l'image a poussé ici.

Version imprimable | Tranches de vie(s) | Le Vendredi 12/01/2007 | 0 commentaires | Lu 356 fois



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