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Une brève histoire de l'information spectacle

Dans la série décodage de ce qu'est aujourd'hui l'information. Rien de bien neuf sous le soleil.

Un intéressant rebond à l'affaire du canular télévisé qui a secoué la Belgique, avec un "décodage" de ce qu'est aujourd'hui l'information. C'est le quotidien La Libre Belgique qui s'y colle, notant notamment que le " principal composant de l'information, aujourd'hui, c'est l'émotion, ou son quasi-synonyme, le divertissement " . Vieille marmite : la situation remonterait à l'invention de la presse populaire. En 1836, le fondateur de "La Presse" Emile de Girardin note que " le récit emphatique de l'actualité est une marchandise rentable". L'information se dote alors d'un volet "émotion" : elle ambitionne de satisfaire symboliquement les pulsions et les rêves d'un public récemment alphabétisé, par le biais de textes et d'images saisissants. Synthèse par l'écrivain André Baillon, journaliste dans les années 30, "il faut que la nouvelle soit fraîche, qu'elle soit sensationnelle, mais il n'est pas indispensable qu'elle soit vraie".
L'apparition de la télévision modifie les outils, mais pas le mécanisme. Dans un premier , en Europe, l'Etat démocratique attribue à la télévision un rôle d'éducation populaire et de maintien du pluralisme. Mais dès la fin des années 70, la privatisation progressive des chaînes transpose dans l'audiovisuel la logique marchande de la presse populaire. La télévision sera désormais le média "affectif" par excellence. Elle privilégie le direct et fait le frisson d'être nombreux à
L'image en mouvement fournit un formidable vecteur à l'émotion. Les idéologues de la propagande nazie le savaient. Fritz Hippler, un collaborateur de Joseph Goebbels, écrivait en 1941 : "Par son aptitude à agir directement sur le sens poétique et l'affectivité, donc sur tout ce qui n'est pas intellectuel, (le cinéma) a dans le domaine de la psychologie des masses et de la propagande un effet pénétrant et durable". La vision d'images suggestives, indiscrètes, violentes, choquantes, permet la réalisation fantasmatique, par le biais de l'identification projective, de pulsions que la psychanalyse nomme libido, narcissisme, voyeurisme et sadisme. Elle permet aussi la satisfaction symbolique de désirs inconscients : le désir de se rassurer ("heureusement, ce n'est pas à moi que ces choses affreuses arrivent"), le désir de se projeter dans des situations merveilleuses (grâce au spectacle de la vie des célébrités). Même les événements politico-sociaux sont traités de manière émotionnelle à la télévision.
Un chercheur a constaté que les gros consommateurs de télévision (plus de 3 h par jour) semblent plus indifférents, voire hostiles, que les autres envers les institutions. En gros, plus les gens font confiance au journal télévisé pour leur information, plus leur aversion pour la politique, leur frustration et leur cynisme deviennent grands. En privilégiant la résonance émotionnelle de l'événement au détriment de l'explication des enjeux et de la description des mécanismes, en surévaluant certains aspects spectaculaires de la réalité, il se pourrait bien que les (et principalement la télévision) influencent la perception de la société par ceux qui y vivent.
Le repli identitaire, l'isolement, l'anxiété, la perception émotionnelle des réalités sociales, la méfiance envers les institutions, la stigmatisation des différences, tous ces traits préoccupants de la société occidentale du début du XXIe siècle ne sont pas attribuables exclusivement à l'influence qu'exercent les populaires sur les représentations collectives. Mais les populaires y ont, sans doute, puissamment contribué. Non pas pour des motifs idéologiques, ni sous les ordres d'une conspiration occulte, mais par l'effet induit d'une politique éditoriale exclusivement fondée sur le rassemblement de l'auditoire maximum. Le résultat n'était pas sciemment souhaité mais il pourrait bien favoriser certaines entreprises idéologiques. Il y a un siècle et demi, Honoré de Balzac écrivait déjà : "Pour empêcher les peuples de raisonner, il faut leur imposer des sentiments".
simultanément la même expérience symbolique. Le journaliste de télévision est de plus en plus un metteur en scène, un réalisateur, et de moins en moins un analyste critique de la réalité. Il arrive même, comme le 13 décembre dernier à la RTBF, qu'il invente une réalité pour satisfaire ce fameux "appétit de sensations".


Version imprimable | Zarchives (côté cour) | Le Vendredi 22/12/2006 | 0 commentaires | Lu 1026 fois



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