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Violences en plein milieu rural

Vous seriez élu, maire d'une petite commune, vous feriez quoi ? Voilà une bonne question.
Les faits (véridiques) se déroulent la semaine dernière, dans un petit village de la cambrousse Lorraine. Un lieu plaisible, de 300 âmes, baigné par le soleil en ce printemps estival. C'est vacances scolaires.
Trois jeunes filles du bled invitent des copains d'un quartier de la ville voisine. Ils sont d'origine étrangère. Se connaissent via le collège.
L'une des filles a une soeur. Elle est de son côté plutôt en chevilles avec une bande de "skin".
Les trois gars arrivent dans le village. Mais une quinzaine de jeunes en cagoules avec battes de base-ball et clébards les attendent. Comité d'accueil. Ils veulent bouffer du pas français, comme ils disent.
Trés vite, le maire de ce village de 300 habitants, niché en pleine cambrousse Lorraine, est sollicité. Les gendarmes aussi. Un ménage est fait. Quelques jeunes se retrouvent au poste. Certains seront placés en détention. Ils étaient tenus à l'oeil par des gendarmes qui disent vouloir marquer le coup.
Une jeune fille témoigne. Elle est par la suite victime de pressions, on lui reproche son témoignage, elle a peur.
Des parents s'énervent que leurs enfants aient été arrêtés. D'autres sollicitent le maire, ne savent pas quoi faire.
Vous seriez maire, dans un tel contexte, après un tel événement : vous feriez quoi ?

Version imprimable | Comptoir du temps | Le Lundi 16/04/2007 | 5 commentaires | Lu 2280 fois


Commentaires

Shérif, fais-moi peur!

Je ne sais pas : un maire n'est pas un shérif. Et heureusement!
Maintenant, si les skins sont du bled, 15 skins sur 300 péquins, ça fait une grosse proportion. On imagine bien les parents qui vont avec et tout. Du coup, je me demande légitimement de quel bord est le maire, puisqu'il est forcément élu par sa population et on a une idée de cette population.

Par ailleurs, il existe un tout petit bled, de la taille de celui dont tu parles, près de chez moi. Un bled où Le Pen fait toujours un score de malade alors que partout ailleurs, il n'arrive presque jamais à 10% (on est un bout de cambrousse très à gauche!). Un bled qui nous fait un peu honte.
Dans ce bled, il y a eu une femme qui a demandé un jour à devenir conseillère municipale. Une femme estimée par ailleurs. Enfin, c'est ce que tout le monde pensait. Parce que quand sa nomination fut connue, elle fut convoquée à la mairie et sur le chemin qui mène à la mairie, il y avait presque tous les hommes du village qui formait une haie d'horreur, mutiques, le visage fermé, en frappant en rythme deux boules de pétanque chacun, marquant chacun de ses pas. Elle a dû traverser ce mur de haine et au bout, le maire lui a dit que ça ne pourrait pas se faire.
J'oubliais, cette femme estimée de tous était fille d'immigrés du maghreb.

Depuis, je me dis qu'un bled de fachos au milieu de nulle part, ça ne peut pas être un hasard.

 


Le Monolecte | Le Lundi 16/04/2007 à 08:25 | [^] | Répondre

Au pied de la montagne...

C'est un poil rapide cette analyse. Je suis du bled en question. Je connais bien le maire. Il n'est pas tout ça. Bien au contraire, c'est un humaniste comme il en reste trop peu. ET c'est peut-être là tout le noeud du problème. Comment un homme si humain peut être élu par ses habitants qui sont capable de faire grimper le FN à 30% au présidentielle ? Sont-ils tous fachos ? Sommes-nous dans un conflit beurro-français ou dans une guerre des boutons ? ... Un peu les deux peut-être.
La maire aujourd'hui réfléchit à comment agir pour demain. Je suis proche de cette question, parce que responsable associatif... et j'en sais rien. Juste le sentiment d'être au pied de la montagne et pas sûr d'avoir l'énérgie pour la gravir.
Ce qui est sûr, et que tout ça ne se fait pas tout seul. Il  faut être plusieurs et penser, non pas à ces jeunes encagoulés mais aux petits frères. ça veut dire travailler avec les écoles, les travailleurs sociaux, les élus, les parents et cibler les jeunes, les plus jeunes... et s'engager dans la montagne avec l'humilité qu'il se doit.

Je crois surtout qu'il ne faut rien dramatiser. Il faut garder en tête la règle des 80/20. 20 % de la population occupe 80% des débats... ça ne dit pas sur quoi il faut agir. Il faut prendre le récul nécessaire et se faire accompagner des professionnels qui vont  bien pour agir... et Inch allah !

 


Francis | Le Mercredi 18/04/2007 à 00:59 | [^] | Répondre

Répondre avec distance

Je suis moi aussi de ce bled.

C'est bientot le 8 mai. A cette occasion , comme partout, nous allons commerorer la "victoire". Depuis toute petite je participe, non par partiotisme mais par conviction qu'il faille rappeller que nous ne voulons "plus jamais ça". C'est pour moi un temps de souvenir au service d'un futur à construire sur les base des experiences passée qu'il nous faut rappeler à nos enfants, et visiblement à nos con-citoyens.

Aussi, j'ai l'intention de lire un bout de texte trouvé dans la litterature qui parlerait de paix et de fraternité. Je ne pense pas qu'un texte sur "s'enricihr des differences" soit à propos car il me semble que le propos bien que très proche soit trop eloigné du cadre de pensée des personnes que je souhaite toucher emotionnellement.

Car c'est bien d'émotion dont il s'agit, face à des propos (voire des actes) dictés par la peur et la colère, le discours intellectuel ne fonctionne pas. il faudrait viser sur le meme niveau. Detendons-nous ! Rions ! Partageons des experiences ensemble ! Et meme avec les "fachos" dont parle le 1er commentaires, car ce n'est pas en isolant ces personnes que leur colère ou leur peur va diminuée. Construisons ensemble, en valorisant, et permettant que chacun se sentent fier d'eux meme et de tous, alors la perceptives d'un changement pourra s'operer.

Tu as raison Francis nous sommes en bas de la montagne, mais chaque pas vers l'autre nous rapproche de son sommet.

Donc appelle à tous, je cherche ce texte qui pourra nous rassembler et nous emouvoir ensemble ce jour du 8 mai, que je sens aujourd'hui plus proche de nous.

 


Catou | Le Jeudi 19/04/2007 à 18:27 | [^] | Répondre

ce qui me vient

@ catou
J'aime bien l'idée la démarche et en même temps... comment dire... Ces gens-là, peut-on les "toucher émotionnellement" ? Sans doute. Mais par des mots ? Probablement pas. Je ne crois pas, en effet, que quelques mots parfumés à la tolérance, l'humanité, la pacification peuvent les "toucher émotionnellement". Mais ces mots peuvent en toucher d'autres et il ne faut pas en faire l'économie. S'ils sont là, s'ils entendent, c'est déjà ça, bien sûr, mais je pense que le "combat" est ailleurs, plus loin, plus long, plus fort, plus pluriel. Ces personnes ne sont pas des interlocuteurs. Ou pas maintenant. Ou pas comme ça. Je me trompe peut-être mais je ressens que ces gens quelque part, ne savent pas ce qu'ils font. Il y a un défaut de conscience. Des plombs qui ont sauté. Le révélateur percutant d'une société à la dérive. Ces personnes se sont désuhmanisées et visiblement les mots ne sont pas leur langage, ou ne le sont plus. Elles existent dans la violence, dans la terreur, dans la haine, il y a là un rapport "animal" qui rend difficile toute action et face auquel il est difficile d'agir.
Je serais maire, dans une situation comme celle là, je pense que... je prendrais le temps de la réflexion. Je pense aussi que je serais sensible au fait qu'il y a plusieurs messages à adresser à plusieurs publics et je ne serais pas enclin au "tout en un" . Pour certains, j'écouterais. Pour d'autres, je ne dirais rien. Pour d'autres je saisirais la loi. Pour d'autres encore, je ferais appel à des travailleurs sociaux. Parce que je serais conscient de mes limites, conscient, aussi, que trop de responsabilités me sont confiées et que tout seul, je ne peux pas faire grand chose. Je pense enfin que je m'adresserais à mes concitoyens, pour leur dire, voilà ce qu'il se passe, voilà ce que je fais, parlons-en si vous le voulez bien et rencontrons nous pour voir ce que nous pouvons faire collectivement. Ce ne serait pas simple, je passerais de sales quart d'heure, mais en même temps...

@ Agnès
il y a des situations qui pètent aujourd'hui parce qu'elles ont germé pendant de longues années et "qu'on" a laissé faire, tous, collectivement. Le maire actuel "hérite" de la situation. Et c'est justement son humanisme qui le fait souffrir de la situation. Figure-toi qu'il en serait presque à jeter l'éponge, alors que ses yeux brillent quand il évoque son projet majeur : la création dans le village d'un ensemble scolaire. Dur dur d'être élu :-)

 


Didier | Le Samedi 21/04/2007 à 10:26 | [^] | Répondre

Résister c'est créer

@ catou
Trouvé ça sur le net

On résiste contre un état de choses, mais on résiste aussi pour créer quelque chose. Définir les injustices actuelles et montrer de quels matériaux pourrait être construit un monde meilleur, c’est créer les premières conditions pour que s’engage le combat victorieux. Résister, c’est créer.

Lucie Aubrac et Raymond Aubrac




 


Didier | Le Dimanche 29/04/2007 à 09:01 | [^] | Répondre

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